Compte Rendu du 11/04/2016

Compte Rendu du 11/04/2016

NB : Dans cette synthèse exhaustive, les paragraphes avec alinéa expriment le déroulement de la commission et les divergences qu’elle soulève, tandis que les listes avec tirets et points regroupent les idées lancées par tous. Pour plus de lisibilité, les sujets abordés progressivement ont été mis en gras et soulignés.

Enfin, les éléments surlignés en vert représentent le matériel actuel ou évoqué pour la suite du mouvement.

 

             Après une longue assemblée générale avec prise de parole libre et propositions à voter entre 18h et 21h, la foule se polarise autour de petites commissions sur des sujets plus précis (aménagement, sémantique, violence/non-violence…). La nôtre, portant sur la démocratie, regroupe déjà une vingtaine de personnes. Un habitué fait un rappel sur les codes d’expression :

 

– Approuver en agitant les mains (au lieu d’applaudir).

– Montrer son désaccord en croisant les bras.

– Mouliner des poignets pour symboliser une prise de parole trop longue ou trop confuse.

– Demander de parler plus fort en levant les mains à plusieurs reprises, paumes vers le haut.

– Former un « T » avec les deux mains pour solliciter un point technique (prioritaire).

Un premier tour de micro est tenté pour que chacun s’exprime sur le concept de démocratie :

– Synonyme de « République » pour l’une.

– De droit et de proposition d’idées pour un autre.

– Remise en cause du caractère « représentatif » par l’élection (cf E. CHOUARD).

– À l’appui du livre « L’insurrection qui vient », par le Comité Invisible, une autre s’indigne de ce que la démocratie grecque n’ait reconnu comme citoyens que les hommes, femmes et esclaves étant exclus.

– Un autre lui répond que, comme tout, c’est une base dont il faut se saisir et qu’il faut comprendre pour l’améliorer. Dans ce cas précis, il convient de travailler sur le concept de « reconnaissance », définissant le statut de chacun.

– Un autre évoque un régime où chacun peut (a le droit et est en capacité de) s’exprimer et ajoute qu’il ne faut donc pas se limiter au vote, mais plutôt faire en sorte d’exprimer nos avis.

– Une autre se désole de la méconnaissance du mouvement « Nuit Debout » et de ces commissions justement, ainsi que du caractère « consultatif » (et non « décisionnel ») des consultations publiques lorsqu’il y en a.

– Un dernier conclut qu’il ne s’agit pas de se faire « vendre un rêve » mais de proposer le sien, et deux autres terminent en recommandant la chaîne Youtube « Le stagirite » et l’ouvrage de Jacques TESTART « L’humanitude au pouvoir ».

Devant l’ampleur de l’arrivée de nouveaux venus, quelqu’un propose de se subdiviser en deux plus petits groupes pour plus d’efficacité : un poursuivrait ses échanges sur le thème global de la démocratie tandis qu’un autre chercherait, plus précisément, à en faire une application au sein de ce mouvement place du Bouffay.

Cette première tentative ne prend pas car les plus « à l’aise » font partie du groupe en recherche d’application, laissant les plus novices sans structure. Le grand groupe ne tarde ainsi pas à se reformer, avec beaucoup de gens debout, autour du plus petit groupe de réflexion qui s’était assis. De nouveaux échanges s’amorcent :

– Comment organiser/appliquer la démocratie que l’on souhaite ?

– Mais quelle est-elle d’abord cette démocratie que l’on souhaite ?

– Comment diffuser nos réflexions et permettre à chacun d’y prendre part (tout le monde ne pouvant être présent tous les soirs à Bouffay) ?

– Les commissions doivent-elles être tirées au sort ?

– Doit-on imposer la parité en intercalant hommes et femmes systématiquement dans les prises de parole ? Une majorité y voit justement une forme de sexisme, pouvant conduire à d’autres clivages (couleur de peau, âge, origine…) et préfère considérer que chacun est un humain. Forcer la main est également assez inhibiteur.

– Pour pouvoir prendre une décision, il serait souhaitable d’expérimenter tout ce que l’on imagine, afin de pouvoir juger de ce qui marche et ce qui ne marche pas.

– Rappel des propositions d’E. CHOUARD pour réécrire la Constitution et exemple sur la guerre repris : Qui va la faire ? Ceux qui voteraient « oui » à un référendum la proposant ?

– Une personne insiste sur le fait de trouver un moyen de permettre à tout le monde de s’exprimer sans devoir forcément se rendre disponible pour assister à une commission telle que celle-ci. Une autre parle alors du site du mouvement (http://www.nuit-debout-nantes.fr/), où des comptes rendus de commission, qu’il est possible de commenter, sont mis en ligne, ainsi que de l’application « Stig ».

Au vu de ces nombreuses interrogations, certains tentent de recentrer le débat, d’autres s’interrogent sur la spontanéité des prises de parole, qui n’aboutissent pas forcément, puisque une intervention en masque une autre sans que l’on puisse avancer sur la première. Une femme regrette quant à elle ces tentatives de recadrage et a le sentiment que le sous-groupe qui s’était formé pour réfléchir à l’application de la démocratie en ce lieu, principalement composé d’étudiants selon elle (il est plus divers en réalité, avec également des salariés et des chômeurs mais, il est vrai, un âge moyen autour de 25 ans) accapare le débat. Quelqu’un lui répond que les prises de paroles générales ont déjà eu lieu toute la semaine dernière et qu’il faut bien en venir à du concret plus qu’à du théorique.

Un autre dit qu’il est dommage que certains soient assis et d’autres debout autour (amusant pour une « Nuit Debout » d’ailleurs). Une femme répond que c’est normal, qu’il y a plusieurs étapes dans l’engagement, que certains préfèrent juste venir voir dans un premier temps, mais qu’il ne faut pas avoir peur de s’exprimer même si c’est, comme elle, juste pour préciser un point, sans avoir quelque chose« d’intéressant » à dire.

Les échanges reprennent en parallèle, car certains attendent le micro depuis longtemps. Un homme (à l’air un peu éméché) dit que selon lui, tous les politiques sont « des menteurs, des voleurs et des lâches ». Un autre, se revendiquant « de droite », lui répond que c’est faux, et qu’il est dommage de stigmatiser ainsi les élus. Une autre personne approuve, remerciant d’ailleurs l’intervenant précédent de s’être révélé de droite, pour en finir avec les clivages gauche/droite et en venir à des échanges vraiment démocratiques. Ce dernier reprend la parole en disant qu’il y a plusieurs types de démocratie : la parlementaire et celle de la rue notamment. Le débat entre participation et représentativité se réamorce ainsi : seules les classes sociales élevées sont représentées à l’Assemblée Nationale, et certains députés sont souvent absents ou inattentifs.

Une représentante de la commission « communication » vient interrompre tout cela en sollicitant notre aide pour réfléchir à l’organisation du mouvement sur la place. À grand renfort de « points techniques », nous parvenons donc enfin à faire un groupe pour chacune des deux tendances : un réfléchissant à « l’administration » sur Bouffay et un autre, emporté par un volontaire cette fois-ci, restant sur la démocratie en général. Il est d’ailleurs fortement proposé de nommer, comme aux ateliers constituants, un scribe et un facilitateur (sorte d’arbitre modérant les échanges) dans chaque groupe, voire même lors de l’AG…

            NB : Ce compte-rendu se focalise donc désormais sur le sous-groupe « organisation à Bouffay ».

Toutes les propositions suivantes ont été votées (ou du moins tentées de l’être), avec demande d’accord pour ce principe de vote à chaque fois. Il faudra néanmoins les proposer à nouveau (toutes ou partiellement?) lors du compte-rendu devant l’AG. Il serait bon de tout expérimenter quoi qu’il en soit, sans oublier d’évaluer (à chaud comme à froid) et réessayer plusieurs fois s’il le faut, afin de définir ce qui fonctionne le mieux.

 

Propositions au sujet de l’AG :

 

  • Laisser le temps de se rassembler avant de lancer l’AG (RDV à partir de 18h mais début véritable à 19h par exemple).
  • Faire de la prise de la libre-parole une commission à part entière pour éviter qu’elle n’accapare toute l’AG ? Ce soir, ces interventions ont en effet duré 3h et malheureusement créé de l’inertie.
  • Au moins commencer par les comptes rendus des commissions de la veille avant la libre-parole, dans un souci d’efficacité. Ne pas oublier de les mettre en ligne pour que chacun puisse les consulter et y intervenir par commentaires en différé. Rediriger vers ce site pour d’ailleurs éviter de relancer les débats lors du compte-rendu public.
  • Toute décision (et notamment les propositions soulevées dans les comptes rendus des commissions) doit-elle être soumise à un vote ? Quelle forme prend celui-ci ? Garder la manière « à main levée » ? Alternative proposée avec la « méthode des gommettes » ou « dotvoting », très bien expliquée ici : http://www.lifeisaseriousgame.com/video-comment-prioriser-facilement-dotvoting/.

En gros : on affiche les sujets à prioriser ou les décisions à prendre et chacun va mettre une gommette sur ce qu’il veut pour dégager des tendances. Peut-être compliqué à mettre en place sur une assemblée de plusieurs dizaines de personnes….

  • D’ailleurs faut-il chercher un consensus ou bien une simple majorité ? Et à partir de quel pourcentage valider une majorité (51%, 80%….) ? À noter que cette majorité est considérée comme un symbole de la « loi du plus fort » (et donc non-démocratique) pour certains.
  • Enfin, vaut-il mieux définir un sujet par soirée ou bien conserver la subdivision en commissions ?

Les deux sont-ils conciliables avec une partie commune à l’AG, suivie par les divers ateliers ?

 

Pendant nos échanges, un homme vient nous demander notre avis sur son idée d’allumer un feu ce soir. Après concertation, une majorité, craignant débordements avec les forces de l’ordre ou discrédit du mouvement, répond par la négative. La personne semble le respecter et poursuit son tour des commissions pour dégager une opinion générale (a priori positive puisqu’un feu sera bien allumé un peu plus tard). Une personne de la commission évoque l’idée de récupérer des bidons abandonnés sur l’île de Nantes (avec aval de la mairie), pour les transformer en braseros, éviter les débordements et permettre à certains (notamment les SDF), de se réchauffer.

 

Par ailleurs, le groupe sur la démocratie générale étant devenu plus nombreux, nous leur avons transmis le micro pour leurs échanges.

 

Propositions au sujet des commissions :

  • Doivent-elles être tirées au sort (au niveau des thèmes et des membres) ? Majorité de « non » car cela limite le choix et, même si un droit de refus est possible, sans doute vaut-il mieux laisser chacun aller spontanément vers ce qui l’intéresse.
  • La nomination du scribe et du facilitateur, doit-elle également se faire par tirage au sort (avec le même droit de refus par contre) ? Majorité de « oui » car pas d’accaparement par les volontaires et permet de révéler les « timides ». Toutefois, cela implique sérieux et disponibilité (notamment pour rédiger un compte rendu tel que celui-ci et le transmettre rapidement, idéalement dès le lendemain). De plus, le mouvement étant « liquide », il y a peu de permanents dans les commissions et l’accaparement de la fonction s’en trouve réduit (pourquoi ne pas tirer au sort les volontaires s’il y en a plusieurs ?).
  • Mettre une grande feuille au centre du cercle de parole. Remplie par un autre responsable (intermédiaire entre scribe et facilitateur), elle permet de structurer en notant les divers sujets évoqués pour y revenir après, sert aussi de mini compte-rendu et renseigne les passants sur l’activité de la commission. Mais qui la fournit ? Et comment la protéger des intempéries ?
  • Définir une personne pour le compte-rendu du lendemain devant l’AG. Ce soir, nous l’avons justement tirée au sort parmi les personnes volontaires et sûres d’être là (un papier par personne mais un seul est marqué d’un point noir (ou autre), qui désigne celui qui le pioche).
  • Faut-il également tenter de définir un référent permanent et/ou un mail par commission, comme proposé par la commission « communication », pour permettre de mieux pérenniser les travaux ?
  • Pour plus de convivialité, inciter à porter un badge avec son nom (ou un surnom) ?

Autres propositions :

  • Aménagement d’un stand d’accueil pour aiguiller et informer les passants, démunis sinon.
  • Pourquoi ne pas y réserver un espace pour chaque commission et, comme sur le site internet, permettre de consulter les comptes rendus affichés progressivement, les commenter ou faire d’autres propositions ? Ceci donne en plus des pistes aux nouvelles commissions du jour, chargées de tenir compte de ce qui a déjà été fait, ainsi que des remarques, pour permettre d’avancer.
  • Bien sûr, cela implique du matériel (panneaux, feuilles et de quoi écrire par exemple, mais de nouveau géré par qui ?), ainsi que des bénévoles. Le mieux serait également de créer des roulements pour conserver le caractère « liquide » du mouvement et ne pas enfermer des gens dans cette administration rébarbative.
  • Enfin, une personne est venue nous voir tout à la fin, demandant de relayer une remarque sur les déchets : est-il possible de prévoir des poubelles (de tri tant qu’à faire) sur la place ?

 

            Merci à tous les participants de la commission d’hier soir et bon courage à tous ceux qui suivront !

 

Pour conclure, voici un extrait de l’article du 14/12/15 sur le blog « Stecriture » de Michel Gros Dumaine, résumant bien le mouvement « Nuit Debout » selon moi :

 

« Néolibéralisme, capitalisme financier, mondialisation des échanges viennent aujourd’hui percuter notre entendement comme autant de nouveautés imparables, incontestables dont nous devenons seulement les administrateurs professionnels formés dans les écoles de la Nation.

Dêmos et Kratos, petit à petit, s’éloignent pris et résignés dans ces délégations de gestionnaires où la Polis se trouve affectée.

Une nouvelle génération, désolée de cet écart toujours plus grand, se pique alors d’une nouvelle éthique, celle de la révolution citoyenne, de l’humain d’abord. Elle s’y accroche et s’y conforte, consciente de sa responsabilité à subvertir la triste affaire d’un monde qui s’épuise. Elle sait que cette responsabilité nouvelle la pousse à faire vite car le temps presse.

Elle résiste, elle expérimente, elle mûrit, elle parle. Elle apprend aussi que le temps n’est pas toujours question d’horloge. Qu’il est le tremplin de son être, Sein und Zeit, Être et Temps, sa consistance.

Dêmos et Kratos, Polis, Res Publica enfin en ordre de marche, comme une justice rendue? »

http://michelgrosdumaine.blogspot.fr/2015/12/de-la-democratie-directement.html

Remarques :

– Est que être politicien devrait être considéré comme une profession avec tous les avantages assimilés ? devraient être honorés de servir, pas pour une paye/statut de supériorité
-Immigrés: payent impôts/ contribuent à la communauté, toutes les lois/décisions prises les affectent, Pourquoi pas avoir aussi le droit de vote sans avoir forcément la nationalité ?
-réinsertion des anciens condamnés
-propriété lucrative: comment limiter les inégalités ?
-proposition d’atelier débat sur la santé (drogues, médocs, système, alimentation..)
-reconnaissance du vote blanc
-inégale médiatisation lors des élections, les partis les plus forts sont aussi les plus riches
-Aller vers une démocratie participative, valorisation du suffrage universel direct, du référendum
-Voter pour des IDÉES et non des représentants

 

4 réactions au sujet de « Compte Rendu du 11/04/2016 »

  1. Bonjour,
    Merci pour ces CR, en effet très intéressants, avec de vraies questions de fond. Juste pour dire que le lien vers le « dotvoting » ne fonctionne pas (erreur « 404 »).
    Merci encore.
    A ce soir.

  2. Je suis très perplexe quant à la mise en oeuvre de la démocratie liquide. Si je suis pour le contrôle des représentants, il ne faut pas toutefois mélanger contrôle et moyens de pressions. Je pense que ce système crée un paradoxe puisque basé sur la confiance doit permettre un délai de mise en oeuvre de la promesse or le fait de pouvoir retirer sa confiance de manière aussi facile ne fera que mettre en jeu des lobbyings de pressions. Je suis totalement pour le contrôle de nos représentants, mais pousser aussi loin la démocratie ne risquerait il pas d’avoir un effet pervers et rendre impossible la mise en oeuvre de tout projet. Je pense qu’il existe des choses à mettre en place beaucoup plus simple pour contrôler et vérifier nos représentants et d’éviter les dérapages auxquels nous assistons aujourd’hui. La révocation des élus étant la première.

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