Compte Rendu du 09/04/2016

Compte Rendu du 09/04/2016

Durant ce débat, il est ressorti une véritable volonté de transformer l’éducation à la base, de favoriser l’éducation populaire, d’appréhender différemment la place de l’enfant et sa relation à l’école et à l’enseignant.

Faire en sorte de réintroduire le ludique, le plaisir d’apprendre, la curiosité naturelle et revaloriser les filières secondaires, le travail manuel.

L’état a montré qu’il était capable de débloquer des budgets colossaux lorsqu’il le fallait. Une réforme de fond serait ainsi possible à financer.

Par ailleurs, il a été soulevé que beaucoup de choses existent déjà, il faut le faire savoir, faire communiquer les acteurs, et développer ce qui est mis en place.

Dans le détail, voici les principaux points de débat :

 

1 – Les enfants issus de l’immigration

  • Comment intégrer ces enfants qui peuvent se sentir exclus malgré leur bonne volonté ?

Tout d’abord, pourquoi ce manque d’intégration ?

  • Ghettoïsation et donc manque de mixité sociale. Sur ce point, il a été soulevé qu’il y a un défaitisme dans les quartiers : on part du principe que de toute façon comme le quartier est peuplé de populations venant de l’immigration, les autres classes sociales ne viendront pas.

La solution, qui malgré des tentatives et des demandes, est refusée par les institutions, serait de valoriser ce foisonnement de cultures, de mettre en avant le savoir des enfants : langues étrangères (arabe, turc…), cultures, etc.

Par ailleurs, en proposant dans ces quartiers des pédagogies alternatives (cela a déjà été fait avec l’école Célestin Freinet de Malakoff) cela attirerait les populations intéressées par ces pédagogies et favoriserait la mixité.

Une réponse possible également à ce problème d’intégration est d’expliquer les différentes institutions politiques qui régissent leur environnement aux enfants.

Par ailleurs, il est noté un manque d’esprit collectif au sein même du système éducatif…

 

2 – Fonction de l’école

Tout d’abord, nous soulignons que l’école n’est pas le seul éducateur de l’enfant. Il ne faut pas oublier le rôle :

  • de la famille
  • du périscolaire
  • de l’environnement urbain
  • Des loisirs

Quel est le rôle de l’éducation ?

Actuellement, cela semble être de former les futurs travailleurs. L’école prépare au monde professionnel et à la concurrence (voir plus loin : sur le système de notes).

L’objectif est d’obtenir un diplôme, alors même que les diplômes n’ouvrent pas toutes les portes.

Obligation de rentrer « dans le moule »

Constitution d’une élite. (On remarque que plus on monte dans les études, plus le niveau social augmente aussi.)

Manque de solidarité

Ce que la fonction de l’éducation pourrait être :

  • S’épanouir
  • Construire sa vie (ce qu’on veut en faire, comment mettre à profit ses talents pour apporter sa contribution)
  • Apprendre à vivre ensemble
  • Apprendre à être autonome
  • Développer l’esprit critique

 

3 – Le système de notation

Si le système de notation a une utilité (savoir où en sont les enfants au niveau national), celui-ci a pris une place surévaluée. C’est devenu la seule façon de procéder et cela engendre tout un tas de problèmes :

  • Système de concurrence
  • Dévalorisation de l’enfant en échec scolaire, qui pourtant est sans doute capable d’autres choses
  • Création d’une élite
  • Sentiment que les contrôles sont piégés, et au plaisir d’apprendre se substitue l’obligation de la note et la peur de tomber dans le piège

 

Une solution proposée est celle de la check-list : au lieu d’une note sur 20 (qui pourrait exister une ou deux fois par an, pour évaluer le niveau général des enfants), il pourrait y avoir une liste d’acquis, qui permettrait de savoir si les savoirs sont là où s’il faut les retravailler, sans notion de concurrence avec le reste de la classe.

 

Cette question en a entraîné une autre, celle des niveaux. Deux courants semblent s’opposer :

  • Des classes de niveau (CP, CE1, etc.) dans lesquelles certains élèves réussissent mieux que d’autres selon les matières (système actuel) dans lesquelles les élèves plus forts aideraient les plus faibles. Cette idée présente l’avantage de valoriser la transmission du savoir, et de donner une importance à celui-ci puisqu’il peut être très gratifiant pour un élève de pouvoir aider un autre.
  • Il est opposé à cette idée que dans les conditions actuelles, il est difficile à mettre en place car il y a de trop grands écarts et que les enfants ne sont pas là pour se substituer au professeur. Par ailleurs, parce que les écarts sont trop grands, soit le professeur nivelle par le bas, soit il largue ceux qui sont en difficulté…
  • L’autre idée était de proposer des passages par matière : on passe en niveau 2 de français, mais on reste en niveau 1 de maths. Il est opposé que du coup cet apprentissage par l’entraide des plus forts n’a plus lieu d’être car tous ont le même niveau et que dans une classe niveau 1 il n’y aura pas d’élèves de niveau supérieur qui puissent aider.

 

A l’issue du débat, il apparaît que cette apparente contradiction pourrait se trouver résolue avec un changement en profondeur du système éducatif qui, changeant les bases mêmes, rendrait le débat caduque car faisant cohabiter à la fois un passage par niveau de matière et à la fois un espace, à inventer (temps d’étude ? périscolaire ? Autre ?) où ceux qui savent bien viennent aider ceux qui ne savent pas encore (ce qui pourrait être un système où les grands ont un temps pendant lequel ils aident les petits.)

 

4 – Le plaisir d’apprendre

Le plaisir de l’apprentissage est une chose innée. C’est évident chez les petits, qui sont en demande de savoir lire, écrire, qui demandent à savoir faire seuls.

Ce plaisir se retrouve chez les plus grands dans tout ce qui sort du scolaire…

L’éducation par le jeu d’une part, par la non-contrainte d’autre part (cf lycée autogéré de Paris) nous semble plus constructive. Il faut veiller à ne pas étouffer ce plaisir d’apprendre, à maintenir éveillée la curiosité naturelle de l’enfant.

On propose un vrai travail sur les activités artistiques notamment : musique, dessin… et une mise en valeur du périscolaire.

Sur ce sujet du périscolaire, on entend beaucoup que ce n’est pas le rôle des éducateurs d’éduquer les enfants, car c’est le rôle des parents. Pourtant, ils sont une partie de l’éducation. Leur rôle est de travailler avec les parents, il faut retrouver une cohérence entre les différents acteurs de l’éducation.

Par ailleurs, la spécialisation intervient très tôt. Cela freine la curiosité naturelle. On nous dit très vite vers où tendre : bonne note, filière générale, mauvaises notes filières spécialisées. Le chemin est vite tracé, il n’y a plus de place pour cette fameuse curiosité qui nous pousse à apprendre.

 

6 – Le rapport à l’enfant

Il faut redonner la parole à l’enfant et lui permettre de s’exprimer

Dans les écoles Celestin Freinet, l’accent est mis sur cette parole et sur la valorisation de l’autre (vs système de concurrence dans la filière classique)

Le rapport maître/enfant est souvent intimidant, les enfants n’osent pas s’exprimer : ce rapport devrait changer

Nous sommes dans une éducation trop verticale, pas assez ludique et dans un système conçu pour exclure l’esprit critique.

Une idée émise est que les enfants puissent eux aussi noter leurs instituteurs.

 

4 – Les moyens à disposition

Il est soulevé à plusieurs reprises un problème général de manque de moyens pour travailler. Surcharge des classes, difficulté de faire bouger les choses, manque de formations (ex des ASV, pas assez formées, peu reconnues, qui prennent en charge des enfants handicapés sans avoir les connaissances nécessaires)

On manque également de moyens dans l’éducation pour établir une continuité famille / école

On remarque toutefois que sur les questions soulevées, beaucoup de choses sont déjà en place. Seulement les différentes structures ne se connaissent pas entre elles, et ce n’est pas qu’il n’y a rien, c’est surtout qu’il n’y a pas assez. Soyons attentifs à ne pas seulement se dire que rien ne va, mais à se concentrer sur ce qui existe déjà et qui fonctionne pour le développer.

 

7 – Le temps scolaire

Les enfants vont de plus en plus en périscolaire puis à l’école puis à nouveau en périscolaire. Le temps d’école est déjà très long. Un enfant peut ainsi facilement passer une dizaine d’heures par jour dans l’enceinte de l’école.

Les journées étant longues, l’enfant se concentre moins bien, il fatigue, ce qui entraîne des problèmes comportementaux plus fréquents et moins de réussite au final.

Il a été montré dans les pays voisins que des journées plus courtes favorisent la réussite scolaire.

Il a été soulevé que ce débat du temps scolaire est très intimement lié au débat sur le travail : les parents n’ont plus le temps d’éduquer leurs enfants car leurs journées de travail sont trop longues.

On en revient au débat de la loi El Khomri : il faut raccourcir les journées de travail afin de permettre aux parents d’avoir plus de temps avec leurs enfants (ce qui de manière collatérale irait également vers moins de problèmes de comportement, y compris à l’âge adulte, moins de frustrations, plus de chances de réussite).

 

9 – Education gendrée et cloisonnée

Encore trop de sexisme dans les jouets, et donc dans les métiers. Il faut continuer à travailler sur le fait de supprimer les genres des jeux qui n’ont pas lieu d’être.

Continuer à travailler sur cette question du genre dans l’éducation.

Par ailleurs, l’école est un lieu très cloisonné. Il y a une véritable urgence à décloisonner, en mélangeant les niveaux, les âges et les handicapés et les valides.

 

10 – Retour à la Terre

Nous pensons qu’il est important d’opérer ce retour à la base, à la sensation, au manuel.

Exemples donnés :

  • Apprentissage du goût
  • Apprentissage de la culture des légumes, voire de la permaculture, intégré dans le programme de science, avec une expérience pratique et pas seulement une partie théorique.
  • Dédramatisation du contact à la terre ou au « sale », que ce soit pour les parents ou pour les enseignant(e)s ou assistant(e) maternelles. Une tache n’est qu’une tache, il faut que l’enfant puisse faire ses expériences sans craindre en permanence de se salir…

 

Pour un prochain débat, voici des thèmes qui ont été suggérés, dans la suite de ce qui a été dit ce soir

  • Le débat sur le passage de niveaux de classe ou de matière, en parallèle avec celui de faire en sorte que les grands puissent apprendre aux petits, ne semble pas terminé. Il y a encore des choses à dire et des solutions à trouver.
  • Un débat est également proposé sur la gestion de conflit, qu’on ne nous apprend pas, ce qui engendre sentiments d’injustices et frustrations.
  • On nous suggère également que le débat devrait être ouvert à un niveau plus large, et non restreint sur le seul univers scolaire. Qu’il faut intégrer cette réflexion sur l’éducation dans la réflexion sociétale notamment.

Une réaction au sujet de « Compte Rendu du 09/04/2016 »

  1. Je propose une nouvelle activité sportive collective mixte (dont j’aimerai, par souci d’équité, qu’elle débute simultanément dans différentes agglomérations de l’U.E.) : le All-ball alliant, rassemblant les différents sports collectifs avec leurs différents esprits fondamentaux…
    Cela entend la formation de formateurs proprement dit pour le secteur sport or il existe beaucoup d’autres débouchés notamment pour le lancement du projet…
    Pour l’heure je ne trouve pas d’interlocutrices/eurs ; une affiche renvoyant à ma boite mail afin d’entreprendre pour l’Europe est normalement accessible lors des rassemblements Place Bouffay (si elle n’a pas été déchirée par des casseuses/eurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *