Compte Rendu du 08/04/2016

Compte Rendu du 08/04/2016

On reprend les bases de la commission de la veille qui avait travaillé sur un nuage de mots : à déconstruire / pour reconstruire / à définir. Avait été évoquée la possibilité de remplacer certains mots par d’autres, d’en inventer de nouveaux, de contextualiser quoi qu’il en soit. Aujourd’hui, on travaille autour d’une proposition de reformulation d’un article de presse : en l’occurrence, un article de Ouest France sur les manifestations > http://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/manifs-nantes-la-spirale-violente-peut-elle-etre-enrayee-4148778

CASSEUR
-> Mot imposé par les médias
-> Mot qui divise, exclut.
>> Question des chiffres mentionnés dans certains articles et qui n’ont pas de sens. Comment ne pas subir la division : les bons / les méchants manifestants. A noter qu’on a pu lire que le mouvement de la Nuit Debout cherchait à « se distinguer » des manifestants.
-> Associé à une image : voiture qui brûle / gens « cagoulés »
-> Association régulière avec le terme « cagoulé » : la tenue peut venir justifier une intervention de la police.
-> Le mot CASSEUR avait été mis en lien hier avec le mot RÉPONSE : la « casse » n’est pas un acte de violence « gratuite », mais une « réponse », elle a des causes. Peut-être faut-il donc aussi le mettre en lien avec ces causes: on a vu le mot « ca$heur » tagué sur une banque, ça nous parlait bien.
-> On se questionne sur le terme d’ ACTIVISTE, qui nous parle bien aussi sur le moment.
-> Attention aussi à une catégorisation des personnes qui ne se sont pas elles-mêmes définies en tant que telles.

 

TRAVAIL SUR L’ARTICLE DE OUEST France
> « Le centre-ville est las » : généralisation, personnification du « centre-ville ». C’est une manière de vider les choses de leur sens, de réduire des gens à des étiquettes sans leur donner la parole.
> On dérive sur le fait que les médias visibles (Arrêt sur Images, Le Petit journal sont cités) demandent aux gens ce qu’ils veulent et ce qu’ils revendiquent. Ils n’évoquent pas la recherche de sens, c’est hors de leur grille d’analyse, et ils ne semblent pas comprendre.
> Proposition forte déjà évoquée la veille de systématiser la redéfinition des termes dans nos débats, à Nuit Debout, mais aussi avec nos proches, ou les gens qu’on rencontre : qu’est-ce que tu veux dire ?
> Podemos a procédé comme nous, ça leur a pris du temps : il ne faut pas s’étonner que les médias ne comprennent pas, le problème étant que eux ont un écho dans l’opinion publique. Ils ont des « clients », ils doivent vendre, ce sont des « collabos ». On soulève qu’il faut faire attention à la stigmatisation des journalistes. Quelqu’un témoigne que leur réponse quand on les questionne est qu’ils se doivent d’être « objectifs ».
> Travail de médiation à mener auprès des journalistes ?
> Que reste-t-il si on enlève de ce type d’article ce qui vise à susciter la peur ?
> Retour sur le « centre-ville » désigné dans l’article : qui se plaint ? Flou, pas représentatif. Pourquoi ne pas retourner cet article, le pousser dans la caricature ? Dire « les deux personnes qu’a croisées le journaliste qui écrit ses lignes » au lieu de « le centre-ville » ? Attention à ne pas tomber dans le « tous pourris », ou de ridiculiser les gens qui lisent.
> « las des violences » au pluriel : alors qu’on parle d’événements très ponctuels, et de cibles précises.
> Comme si les habitants du centre-ville ne pouvaient pas « être las » du chômage, de la situation écologique, etc.
> PROPOSITION : relater la même situation décrite par l’article mais avec l’autre point de vue, à notre façon.
> PROPOSITION : détourner le texte, inverser en gardant les mêmes mots que le journaliste, mais en parlant de la police.
> On soulève le fait que le policier mis en examen récemment pour violences a gardé l’anonymat dans les médias, alors que tout suspect civil peut être nommé à la télé.
> On discute aussi de la contextualisation de ces « casses », de l’atmosphère de peur provoquée par les CRS, de l’intention de diviser les groupes pour justement constituer les « petits groupes mobiles » qui sont désignés dans ce type d’article.
> C’est un article assez complet qui reflète bien le point de vue des forces de l’ordre et de l’institution. On pourrait dire que c’est assez « objectif » dans la défense d’un point de vue. Or ne s’agit-il pas plutôt d’un « compte-rendu » fraîchement sorti d’une conférence de presse ? L’article parle de « DÉCRYPTAGE », mais seul un point de vue est mis en valeur. Le choix des citations, la mise en forme de l’article sont une forme de subjectivité du journaliste.
> PROPOSITION : quelqu’un va prendre contact avec l’association Les pieds dans le PAF pour intervenir sur ces questions.

QUE FAIRE DU MOT CASSEUR ?
> La majeure partie de ces dégradations vise des symboles du capital.
> Pas minorer les violences : la Révolution Française, c’est romantique dans l’imaginaire, mais pas oublier que des têtes sont tombées.
> On se met d’accord sur le mot RÉVOLTÉ : un mot qui peut inclure tout le monde, qui implique la notion de raisons, de causes, et qui n’est pas véhiculé par les médias.
>> RÉVOLTÉ devient le premier mot de reconstruction de notre dictionnaire debout !
> Parler également des CIBLES SYMBOLIQUES, la vitrine n’est pas une victime, ce sont les symboles qui sont cassés. On peut parler de DOMMAGES COLLATÉRAUX, de MOYEN D’EXPRESSION.
> Dire par exemple pour remplacer une phrase de l’article : « Des révoltés ont pris pour cible des symboles. » C’est plutôt objectif, finalement.
> Point de vigilance sur le fait qu’on a beaucoup pris la défense pendant ce débat de personnes qui peuvent « nuire au mouvement ».

DICTIONNAIRE DEBOUT, PERSPECTIVES
> Ce qui est intéressant ici, c’est que l’on peut exprimer une autre subjectivité de masse, face à des médias de masse qui véhiculent la leur.
> ACTIONS : Question de l’accès à l’information : Ouvrir le débat publiquement sur le lobby des médias ? Diffuser « Les Nouveaux Chiens de garde » ? Mettre à disposition un stand d’articles nous paraissant pertinents ? Apporter un schéma qui répertorie les propriétaires des grands médias ?
> OBJECTIFS POSSIBLES DE LA COMMISSION : harmoniser une PAROLE COMMUNE, un vocabulaire, un « discours ». A la fois une question de communication face aux médias, et de prise de contact avec les passants ou les gens qu’on croise au quotidien.
> On finit le débat en nous demandant ce que veut dire être « politisé », peut-on concerner les passants notamment en ayant des définitions communes : quiconque vit dans cette société est politisé « de fait ».

>>>> Piste pour demain : réfléchir aux mots à employer pour parler du mouvement aux gens qui ne le connaissent pas.

8 réactions au sujet de « Compte Rendu du 08/04/2016 »

    1. Bonjour,
      Oui je pense que cette commission sera pour l’instant reconduite chaque soir en fonction des personnes présentes.
      J’ai l’impression qu’il y a une envie partagée par pas mal de personnes de se réapproprier les mots, de les redéfinir face à leur utilisation par les médias, les gouvernants, les dominants…
      À bientôt.

  1. Salut,
    J’étais présent à la première commission (celle qui précède ce CR). Il se trouve que la manif du 9 avril à vu des cibles dont le symbole est plus obscur : agences de voyages, petits commerces (tagués par des termes comme « PD » n’ayant rien à voir avec le sujet de la manifestation).
    Pour moi il n’y a pas de doutes que le mot « casseurs » inclut deux types de personnes : les révoltés, qui ont des cibles choisies pour leur symbole, et des profiteurs, des gens qui profitent du bordel ambiant pour se défouler et qui s’en amusent. J’ai moi-même été témoin d’une scène où un groupe de jeunes, apparemment mineurs, s’aattaquaient à un distributeur de boissons, déterminés à le renverser et à l’ouvrir pour en voler le contenu, le tout avec des éclats de rire non retenus…

    Du coup je pense que la question doit se poser : le terme de révoltés est-il un remplacement acceptable de « casseurs »? Sachant que ce dernier englobe deux types de personnes et de motivations (l’une que je peux comprendre, et l’autre que je dénonce), alors que révoltés n’en englobe qu’une, comment s’appellent alors la deuxième catégorie ?

    J’ai vu par ailleurs certains médias qui n’utilisaient jamais le mot « casseurs » mais préféraient utiliser le mot très généraliste de « manifestants ». Problème : je suis manifestant, et malgré la compréhension que je peux avoir pour les raisons, je ne m’identifie pas à ceux qui détruisent les vitrines des banques, et je n’ai pas forcément envie d’y être associé, tout comme je déplore que la presse associe Nuit Debout avec les quelques personnes ayant voulu se rendre chez Manuel Valls…

    1. Cette réponse n’engage que moi.

      Comment peut-on affirmer avec assurance qu’il y a nécessairement deux types de motivations et deux types de personnes bien distinctes pour les différents évènements que vous soumettez ? N’est-ce pas le but recherché par les médias et dirigeants : il y aurai une bonne forme de contestation (la marche, les slogans durant une manifestation), et que le reste serai une mauvaise façon de contester et donc de fait ne serai plus de la contestation, mais de la casse, de l’agression, de le prise d’otage d’usagers, etc. C’était l’objet de nos débats, et une certaine conclusion que nous avions eu il me semble, même si la forme de contestation est contestable et/ou illégale et/ou pas forcément verbalisée comme telle, cela n’empêche pas nécessairement que ce soit tout de même de la contestation. Le but de nos débats au sein de cette commission n’est pas de juger de tels actes, juste de rappeler qu’on ne pas les réduire par fantasme ou manipulation médiatique à des actes isolés et décontextualisés sans connaître les motivations de leur auteurs (hors je ne lis pas de témoignage de « casseurs » dans ces médias utilisant le terme). Ces actes ayant eu lieu dans le cadre d’une manifestation, le bénéfice du doute doit rappeler qu’il s’inscrivent dans ce cadre, et qu’ils sont donc peut-être (pas forcément) une manière d’exprimer cette contestation, une manière de se révolter.

      De plus, le but de nos réflexions n’est pas non-plus d’amalgamer tout les manifestants, mais une nouvelle fois de bien rappeler qu’il y a différentes façon de manifester, de contester, qu’on les considère individuellement légitimes ou non.

      Concernant le rdv chez Valls, une personne hier soir, présente ce week-end à Paris, nous à relaté cette anecdote en AG. De ce qu’il nous a expliqué, une dame âgé à pris la parole durant l’AG de Paris, informant que Valls habitait pas loin, là une grande majorité de la place se serai levée pour y aller en lançant un « apéro chez Valls » (ou similaire), dans un esprit bon enfant. Une rue se seraient retrouvé bloqué par les forces de l’ordre, après un détour, les même forces de l’ordre bloquaient une nouvelle rue, l’arrière du cortège serai donc repassé par la première rue, et ainsi de suite jusqu’à chez Valls. Au final sur les quelques 2000 personnes au départ, par les divisions, le jeu du chat et de la souris, 200 se seraient retrouvé prises en sandwich par les forces de l’ordre dans la rue d’arrivée, avec gazage à volonté.

  2. Vous dites qu’il n’y a pas « les bons / les méchants manifestants », que cela divise.
    Cela veut-il dire que vous considérez que les personnes qui ont brûlé la voiture d’un étudiant en médecine étaient dans leur bon droit, qu’il s’agissait seulement d’une « réponse »?
    Même question concernant les « révoltés » qui ont bloqué des gens qui ne demandaient qu’à rentrer voir leurs familles mercredi soir, et qui sont rentré chez eux avec 2 heures de retard?
    Je pense au contraire qu’une « division » ne peut que grandir le mouvement, en mettant à l’écart les personnes qui n’agissent pas dans un intérêt collectif, mais seulement pour s’amuser.

      1. Il peut sortir du bon, et même du très bon de ce mouvement, de ses AG, peut-être un renouveau, un nouveau modèle, une alternative au système actuel qui est de moins en moins viable tant économiquement qu’écologiquement.

        Mais tolérer une forme de violence, qu’elle soit symbolique ou gratuite, conduira nécessairement les médias à ignorer totalement les cahiers de doléances, les revendications et les idées du mouvement pour ne plus en garder que ces images de casse.

        Les médias ne changeront pas, ils continueront à se gaver d’images plus que de contenu, et laisser ces violences s’exprimer conduira à une seule chose : museler ce mouvement jusqu’à rendre inaudible ses revendications et perdre cette belle occasion d’enfin proposer un contre-modèle à « Babylone ».

        Dommage.

        1. Je ne sais pas vous, mais pour ma part je ne compte pas sur les médias dominants pour promouvoir NuitDebout, et surtout ses revendications, ses réflexions, ses idées, dès qu’il commencera à déranger. Et il semblerai que ce soit déjà le cas visiblement.

          Il me semble qu’un des aspects de ce mouvement c’est justement de ne plus penser ou agir en fonction de ce que les dominants (classe politique, médiatique ou financière) souhaitent qu’on pense ou dise, mais bien d’affirmer ce en quoi nous croyons et de rétablir ce qui nous paraît être certaines vérités.

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